Kerouac, la pluie, les mots et l’éternel.

« Vents puissants qui font craquer les branches de novembre ! – et l’éclatant soleil calme, indemne des furies de la terre, abandonnant la terre à l’obscurité, et à la folle mélancolie, et à la nuit, pendant que les hommes frissonnent dans leurs manteaux et se pressent de rentrer chez eux. Et puis les lumières de la maison qui brillent au cœur de ces profondeurs désolées. Il y a les étoiles pourtant ! Très haut et étincelantes dans le firmament spirituel. Nous marcherons dans les vents turbulents, jubilant à l’abri de tous ces enveloppements de nous-mêmes, à la recherche de la soudaine intelligence souriante de l’humanité sous ces beautés abyssales. A présent, la furie rugissante de minuit et les craquements de nos gonds et de nos fenêtres, à présent l’hiver, à présent la compréhension de la terre et de notre existence sur elle: ce drame des énigmes et des profondeurs redoublées et des chagrins et des joies graves, ces affaires humaines dans l’immensité élémentaire du monde battu par les vents. »

Jack Kerouac, « Journaux de bord 1947 -1954 », Gallimard, collection L’infini.

De ce dimanche Nantais pluvieux et dénué d’espoir semble t-il, on dirait bien que l’on puisse finalement tirer quelque chose. Je suis surpris au lever de prendre conscience qu’aujourd’hui marque le 95ème anniversaire de Jack Kerouac. Alors, à la pluie et la grisaille, je réponds en piochant un ouvrage de cet homme qui au delà d’avoir marqué ma vie, l’a à coup sur transformée. Transformée car, -si le lyrisme est de nos jours rapidement proscrit, et bien il l’a enchantée. Tout humain trouve la beauté dans ce qui, en une multitude de notes cristallines, illumine son visage intérieur. Comme bien d’autres j’ai découvert Kerouac avec Sur la route, et sur la route je l’étais moi même alors, le pieds sur les terres arides de l’Australie occidentale. Mais ce n’est pas tant la frénésie des kilomètres et du Jazz nocturne qui m’a pris en premier lieu que le fait de deviner au rythme de ces phrases sans fin, une âme pure et confuse. Si j’aime une multitude d’auteurs et tombe souvent en extase devant le phrasé de certains, c’est bel et bien au travers les ouvrages de Kerouac que je suis à coup-sûr submergé.

Me voilà donc à ouvrir les journaux de bords de Jean Louis Lebris de Kerouac, dit Jack, dans cet appartement de bois que je béni davantage encore les jours de pluie, lorsque le front de la basilique s’accommode d’une pluie morne et tranquille, à la monotonie abrasive. Et quoi de mieux pour contrer cela qu’un vinyle, un thé brulant et un livre? Au revers de la page ouverte je tombe derechef sur le passage rédigé plus haut. Je me dis alors que si j’aime souvent chérir pareil ouvrage de manière quelque peu égoïste, intériorisant les mots comme un écho au fond de ma personne, l’anniversaire de l’auteur défunt justifie le partage. M’a ensuite saisie l’envie d’écrire quelques mots moi-même, ne le faisant que rarement depuis bien longtemps -la majorité de mes tentatives ayant finies au fond d’une corbeille, virtuelle ou non. Puis je réalise que cela fait un an jour pour jour que je n’ai rien écrit ici. Alors pour une fois, sans viser la satisfaction, j’essaierai seulement d’écrire et de partager sans autre motif que le plaisir pour m’en justifier.

Le processus de créativité est toujours un jeu d’équilibre, si le mental vient à l’emporter alors ce qui émergera sera dénué de valeur et d’intérêt. A la manière du funambule, n’est valable que l’action qui provient de l’instinct et de laquelle découle le pas prochain. L’esprit, lui, est rallié pour l’après. Rajouter une virgule ici, en enlever une là, reformuler parfois, effacer souvent. Et si je formule ceci ici, c’est tant par peur de la chute qui projetterait tout ceci au fond d’un dossier quelconque, que par admiration et étonnement, envers Kerouac encore une fois. Il nous livre dans ses carnets (initialement non destinés à la publication, je crains que nous ne bafouions l’antre intime des écrivains et des artistes toujours de manière posthume), ses propres angoisses, ses propres envies, ses propres doutes et surtout, le report d’une quantité de travail journalière conséquente. Sorte d’acharnement productif majoritairement voué à l’oubli, effectué dans le seul but de déceler ce qui sera bon. Les bons mots, les bonnes pages, l’enchainement qui a du sens, afin de « finir par atteindre une simplicité et une beauté qui ne pourront plus être niées -une simplicité, une moralité et une beauté,  un véritable lyrisme. » Et si l’auteur s’y entend bien, c’est cette sincérité qui habite son œuvre qui me séduis mais bien au delà encore, l’honnêteté du cœur de l’homme qui se distingue dans ses lignes. Au travers ses ressentis on ressent sa sensibilité et son désespoir divin face à l’entièreté de l’existence, lesquels prennent tour à tour forme de l’extase, de l’exaltation et celui du vertige, de l’oubli et de la tristesse. Il est de ces hommes dont l’amour qu’ils portent à la vie semble pouvoir les faire sauter d’un pont.

Voilà ce que je voulais dire aujourd’hui dans un monologue intérieur que j’ai tenté de matérialiser. Mais, à l’heure où l’esprit ne connaît pas plus d’entrain que la météo au dehors, où je le vois sans cesse m’embarquer au cœur des souvenirs lointains, soumettant le présent à une multitude de questionnements, c’est bel et bien d’un livre écrit par une plume aussi sensible et sincère que celle de Kerouac que viendra le salut, afin de m’extraire du noir de mes pensées. Et pour toute chose qui aux ténèbres amène de la lumière, je dis merci.

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Jack Kerouac se demandait « I hope it is true that

a man can die and yet not only live in others but give them life and not only life but that great consciousness of life. » My answer is yes, it is.

Benjamin Walden.

Je suis d’ailleurs et je me bats pour le vivant seulement.

Encore une nuit, où je devrais dormir, où la fatigue vient m’envahir et je sais que ma place est dans mon lit. Et pourtant. Encore le besoin viscéral de dire quelque chose, de me démener avec les mots pour faire trépasser les maux, en espérant repartir me coucher l’esprit plus en paix. Un peu seulement, car les mots s’ils sont un soulagement, ne peuvent remplacer l’action. Ils sont un début, jamais une fin. Va savoir.

Ce qui me surprend et me comble toujours, c’est la richesse et la diversité, jusque dans l’infime et même le quotidien.

Je suis d’ailleurs. Toujours et tout le temps. Pourtant, je me sens terriblement terrien. De cette terre je retire toutes mes joies et de ce qu’elle subie, sinon toutes, du moins mes plus grandes peines. Oh oui, il y a bien tous ces gens qui riront en dénonçant le grandiloquent. Ces gens-là on s’en fout. Que sont-ils après tout, pour toujours asséner leur opinion de manière si tristement cynique? Non vraiment, peu importe.

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Des nouvelles de la Tasmanie (Mars 2015)

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Après quatre mois, des semaines chargées à la ferme, deux festivals, dix jours hors du temps en Nouvelle Calédonie, six semaines fortes en émotions avec Antoine, deux grandes hikes en Tasmanie, des virées d’un bout à l’autre de l’île, une bonne douzaine de livres (incluant de sérieuses claques littéraires), quelques trois cent cafés et bien peu de sommeil au milieu de tout ça, me voilà finalement de retour sur “la toile” hey! La raison principale relevant du désir de voir un peu où tout le monde en est, comme mal-grès mon incapacité à me lasser du voyage et de l’ailleurs, Amis et Famille me semblent certaines fois bien lointains (ce que j’appelle dans mon champ lexical interne “l’omni-absence”). Couplé à cela la volonté de partager des photos et des mots, comme il y a eu un sacré défilé de paysages divers et variés, certains particulièrement spectaculaires ! Mention spéciale pour le trek de quatre jours (mais inscrit dans un road-trip de dix) effectué avec Antoine dans la Tarkine le long de la côte Nord-Ouest Tasmaniène, lequel nous en a mît plein les yeux.

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Tribulations le long du Mekong.

Quelque part au Vietnam, Octobre 2015.

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J’écris ces mots depuis un bus de nuit au milieu du Vietnam et la version longue serait probablement trop longue de toutes façons, alors on va le tenter comme ça. Après deux ultimes mois Australiens passés entre le Queensland et la Tasmanie, j’ai renvoyé toutes mes affaires en France, embarqué le minimum dans un petit sac et me suis envolé pour le Cambodge. J’y ai rejoint ma sœur Alizée à Phnom Penh, la capitale, où l’on a visité un bout de ville ainsi que les Killing Fields et la prison S21 du régime Khmer Rouge. La version la plus light de le dire serait que ça n’encourage pas à la lecture de Marx… Regarder l’horreur du génocide Khmer dans les yeux glace le sang au sens strict du terme et nous permet d’entreprendre le voyage avec la juste mesure de ce que le peuple Cambodgien a vécu.

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Tarkine In Motion

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Il y a deux ans de cela, je posais pour la première fois le pied sur le sol Australien, l’esprit habité par l’envie de voyage et mon sac vissé sur le dos. J’entrepris mes tribulations sur les terres Australes avec la ferme intention d’explorer le plus possible du continent mythique, en laissant mes plans changer au gré des vents, de la géographie et de tout autre facteur inhérent au voyage. À un certain moment de mon périple, que je poursuivais majoritairement en stop, la Tasmanie est apparue de manière fortuite, point d’intrigue sur ma carte routière qui n’en finissait plus de se noircir de notes et d’itinéraires. Lors de mon arrivée en décembre 2013, j’envisageais consacrer trois mois à la Tasmanie, le temps pensais-je, de découvrir l’île, ses monts et vallées, ses rivières et ses lacs, ainsi bien sûr que ses habitants. Quatorze mois plus tard je ne suis las de rien et il me semble que le départ à venir dans vingt-quatre heures vient abréger une période qui devrait perdurer pour que je puisse affirmer avoir abordé la Tasmanie de manière “profonde”, en en traversant tous les paysages géographiques comme humains. Il m’apparaît désormais évident qu’il nécessiterait pour cela encore beaucoup de temps, comme à chaque fois que je me rends dans un endroit inédit sur l’île j’ai l’impression d’en découvrir une nouvelle facette, un nouvel aspect, et ce lieu si spécial de par le monde n’en finit pas de me surprendre.

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Un blog, des bribes et un semblant d’explication…

La motivation première à partager des écrits personnels de la sorte est que j’ai toutes ces pages de carnets qui se sont remplies au grès des kilomètres les trois dernières années, alors que les paysages naturels comme humains s’enchaînaient. Les expériences et les états d’esprit s’accumulaient, aboutissants tous à différentes réflexions, souvent engendrés par le vertige géographique et dont certaines ont finies couchées sur papier. Il y a également des textes, ou bien de simples citations, que j’annote dans mes livres et que je considère comme pertinent de partager, comme ils définissent avec précision une idée qui m’est chère et me semble constructive.

Je ne pose sur l’écriture aucune contrainte autre que celle de définir avec précision ce que j’ai en tête, c’est donc dans cette optique que je retravaille mes textes quand c’est le cas : les affûter jusqu’à arriver au fil de l’idée. Je ne me force jamais à écrire et c’est pourquoi chronologiquement, il y a et y aura toujours des pages restées blanches et qui ne sauraient être noircies après coup. En dehors de cela, beaucoup de textes, même s’ils sont nécessairement reliés à l’endroit de leur conception, habitent un espace plus vaste dans le temps et ne pourraient pas s’incorporer dans un récit détaillé au jour le jour. Voilà pourquoi le blog semble finalement une solution appropriée! Je n’ai pas la prétention de détenir quelque vérité que ce soit, il s’agit d’idées  et de ressentis personnels et j’invite tout un chacun à se faire sa propre opinion vis à vis des thématiques abordées.

Mais le blog donc. Pourquoi le blog en fin de compte? Et bien ça me permet de partager l’expérience au travers les mots sans pour autant avoir à les figer en devant leur trouver une cohérence globale et un lien constant. Je ne suis pas ce qu’il me semble être qualifiable de “constant” de toute façon, alors autant essayer de la jouer réglo.

Une chose encore, on habite l’époque que l’on habite, avec ce que cela comporte de positif et de négatif et il est pour moi souvent difficile de situer l’utilisation d’internet sur ce spectre ci. Le fait est que j’en fais usage et si je tends à m’en éloigner au maximum lorsque le mouvement reprend (voir m’en débarrasser),  pour autant je l’utilise quand je suis sédentaire et en apprécie le côté pratique. Du reste, l’écriture me maintient dans un état de créativité qui m’apparaît comme vital sur le plan personnel, et j’ai réalisé  que les rares fois où j’ai partagé des textes, j’ai finalement été content de le faire. Alors pour finir avec toute cette idée de blog, résumons le comme ceci: « Pourquoi pas? ».